Femen Book (2013)

FEMEN by Calmann-Lévy et al

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Author: © Calmann-Lévy, 2013

Cover design: © Nicolas Trautmann

Cover photo: © Guillaume Herbaut

Co-authors: Galia Ackerman Anna Houtsol, Oksana Chatchko, Inna Chevtchenko

ISBN : 978-2-7021-5256-0

Table of Content:

Couverture
Page de titre
Page de Copyright
MANIFESTE
UN MOUVEMENT DE FEMMES LIBRES
Préface de Galia Ackerman
LA BANDE DES QUATRE
I. INNA, UNE HOOLIGANE PAISIBLE
II. ANNA, L’INSTIGATRICE
III. SACHA, LA TIMIDE
IV. OKSANA, L’ICONOCLASTE
V. «L’UKRAINE N’EST PAS UN BORDEL»
Des débuts soft
«Tout le monde à l’eau»
Les safaris du sexe
Ban’ka
Femen sur un plateau
Tarte à la crème
Sexe-business
Comment le topless vint à nous?
Pour l’éducation sexuelle
VI. LA FIN DES PROTESTATIONS GENTILLES
«Ne vendez pas vos voix!»
Le ministre de la plonge
Les chiennes démocratiques…
Femen contre Poutine
Contre la lapidation
«C’est pour des friandises»
Oksana s’installe à Kyiv
Un féminisme pop
VII. FEMEN FRAPPE TOUS AZIMUTS
«Greg, viens ici!»
À l’assaut de l’Euro 2012
«Arrêtez ce cirque»
À bas la censure! À bas l’État policier!
Quand les nichons s’énervent
Mais qui est donc Ioulia Timochenko?
Première tournée européenne
Femen soutient les opposants russes
VIII. EN BIÉLORUSSIE : UNE EXPÉRIENCE DRAMATIQUE
IX. FEMEN SE RADICALISE
Descente sur Davos
Non à l’impérialisme gazier russe!
X. «JE VOLE LA VOIX DE POUTINE!»
XI. PLUTÔT À POIL QU’EN NIQAB!
Le 8 mars à Istanbul
«Femmes musulmanes, déshabillez-vous!»
Euro 2012 : la dernière ligne droite
Les Femen sonnent le tocsin
«Kill Kirill!»
Abattons la croix!
XII. FEMEN FRANCE
Qui finance les Femen?
Un remake néerlandais
France-Ukraine, le choc culturel
L’exclusion des femmes façon IKEA
La bataille contre les extrémistes catholiques
Comment nos militantes s’entraînent-elles?
Épilogue.
NOS RÊVES, NOS IDÉAUX, NOS HOMMES
Inna, pour un mouvement féministe anticlérical
Sacha, la légion féminine contre les «grands méchants»
Oksana, le rêve d’une commune
Anna, l’idéologue
Cahier photos

UN MOUVEMENT DE FEMMES LIBRES

Préface de Galia Ackerman

À l’âge de 14 ou 15 ans, ces jeunes filles s’ennuient. Leurs amis passent leur temps à boire des bières dans la rue et à bavarder, voire à se droguer, mais aucune des quatre jeunes Ukrainiennes ne trouve ces occupations à son goût. Dans leurs villes paumées et pauvres, Anna Houtsol, Inna Chevtchenko, Oksana Chatchko et Sacha Chevtchenko cherchent un sens à leur vie. Quelques livres soviétiques aidant, elles fantasment sur l’époque où les pionniers et les komsomols bâtissaient le pays. Cette époque, elles ne l’ont pas connue. Seule Anna, un peu plus âgée que les trois autres, se souvient de sa petite enfance soviétique, heureuse, qui a pour elle le goût des mandarines et du chocolat.

Elles ont bien sûr entendu parler des crimes de Staline mais il s’agit pour elles d’un passé lointain, alors que, dans les dernières années de l’URSS, leurs parents menaient une vie sereine et se sentaient utiles et respectables. Bien entendu, la réalité était plus complexe et beaucoup moins rose, les inégalités profondes étant masquées. Mais pour elles rien ne fut comparable à l’atmosphère délétère des années 90 ni aux années 2000. Les filles éprouvent de la haine pour le capitalisme sauvage, qui permet aux happy few de s’enrichir, rapidement et scandaleusement, et qui détruit la vie des petites gens, dont celle de leurs familles.

Sur ce fond de dégoût du capitalisme version postsoviétique, Sacha, Oksana et Anna découvrent un cercle de rue marxisant dans leur ville natale, Khmelnitski, en Ukraine occidentale. Un groupe de jeunes se réunit régulièrement pour étudier des manuels de philosophie soviétiques retrouvés dans des greniers, ainsi que des œuvres de Marx, Engels ou encore du socialiste allemand du xixe siècle, August Bebel.

Ces jeunes sont à contre-courant du consensus politique et moral ambiant.

Pendant la perestroïka et dans les premières années postsoviétiques, il était d’usage – en Russie comme en Ukraine – de dénigrer la période soviétique.

En Ukraine, des griefs nationaux s’étaient superposés à ce discours : le régime soviétique fut accusé d’impérialisme politique et culturel, ainsi que de crimes contre la nation ukrainienne. Le président Iouchtchenko a ainsi exigé que l’ONU reconnaisse la famine artificielle de 1932-1933, qui fit près de six millions de victimes en Ukraine, comme génocide.

Si l’on s’en tient à l’économie, en Russie comme en Ukraine, la propagande officielle présentait donc ce libéralisme façon école de Harvard – à savoir le pillage des richesses nationales par une poignée d’oligarques proches du pouvoir – comme l’unique alternative viable au sombre passé communiste. En réalité, il s’agissait surtout de donner une fausse légitimité à des régimes outrageusement inégalitaires. La puissance de la machine propagandiste fut telle que, à part les partis communistes perçus comme des vestiges rétrogrades du passé, les voix prônant la justice sociale furent très rares.

Dans cette atmosphère de diktat libéral, se réclamer du marxisme – à l’instar d’autres groupuscules radicaux comme, par exemple, l’actuel Front de gauche de Serguei Oudaltsov en Russie – demande donc une certaine audace intellectuelle. Le cercle de rue de Khmelnitski persiste et quelques-uns de ses membres, dont les trois futures Femen, essaient de mettre en pratique les enseignements reçus en fondant une association d’aide aux étudiants.

Parallèlement, pendant une année entière, les filles étudient La Femme et le Socialisme de Bebel, qui devient leur livre de chevet. C’est une véritable révélation et elles décident de se consacrer au combat pour la liberté des femmes. Car chez Bebel, elles trouvent une «base scientifique» à leur répugnance spontanée pour le machisme et pour le capitalisme, mais aussi pour la religion qui opprime la femme, toujours et partout. Fortes de cette lecture, Anna, Sacha et Oksana s’émancipent de leurs amis masculins de l’association et créent un nouveau mouvement, Nouvelle Éthique. Bientôt elles s’installent à Kyiv.

Dès le printemps 2008, leurs actions, d’abord innocentes et enfantines, sont costumées et pittoresques. Elles se cherchent. Contre quoi protester? Comment trouver des cibles? Au cours d’un de leurs brain storming, elles trouvent leur premier grand sujet : l’Ukraine n’est pas un bordel. Elles s’élèvent à la fois contre l’industrie du sexe qui fleurit dans le pays, chapeautée par le pouvoir, et contre la perception qu’ont les Occidentaux des Ukrainiennes, des «Natacha» prêtes à se livrer à un «prince charmant» pour une bouchée de pain ou sur la promesse d’une dolce vita à l’étranger.
Au cours de ce combat qui connaît des dizaines d’actions, le mouvement se structure et prend le nom de Femen. En 2009, Inna, originaire d’une autre ville de province, Kherson, et étudiante à Kyiv, se joint au trio de Khmelnitski. Elles sont quatre à former l’ossature du groupe. Peu à peu, Femen trouve sa marque de fabrique : une jeune femme topless avec une couronne de fleurs sur la tête. Dans ce livre, elles expliquent en détail le sens de cet «accoutrement» qui les rend reconnaissables dans le monde entier.

En 2009, le pouvoir ukrainien appartient encore à la coalition issue de la révolution orange. Cette révolution est une déception pour beaucoup d’Ukrainiens car le gouvernement – la crise mondiale aidant – s’est révélé incapable d’améliorer la situation économique du pays et de combattre la corruption. Fin 2009, le pays se polarise à l’aube de l’élection présidentielle. Ianoukovitch, vaincu en 2005, affronte le président sortant Viktor Iouchtchenko, mais aussi Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la révolution, devenue entre-temps une adversaire et une rivale de Iouchtchenko. Comme par le passé, Ianoukovitch est soutenu par le régime russe.

Les Femen, qui ne veulent pas se limiter aux questions traditionnellement perçues comme «féminines», décident de se mêler au combat politique. Elles prennent alors une position qui les desservira beaucoup auprès d’une partie de l’opinion publique ukrainienne, en choisissant de n’être ni pour les «bleus» de Ianoukovitch qu’elles considèrent comme une marionnette du grand capital oligarchique de l’Est ukrainien, ni pour le camp «orange» (partisans de Iouchtchenko ou de Ioulia Timochenko), à cause de leur fiasco politique et économique. Elles nourrissent une haine particulière à l’égard de Timochenko, femme élégante et charismatique qui fut Premier ministre de décembre 2007 à mars 2010, car selon elles cette dernière n’a rien fait pour combattre l’industrie du sexe ni pour améliorer la condition féminine. Cependant, dès que Ianoukovitch assied son pouvoir, les filles sont vite confrontées à l’évidence. Malgré ses failles, la révolution orange avait apporté des libertés, alors que le régime qui a pris la relève devient de plus en plus répressif. C’est à partir de cette période que les Femen se radicalisent politiquement. Le nouvel ennemi désigné est la dictature. La police, la justice et le SBU, Service de sécurité ukrainien (issu du KGB soviétique), les traquent. Elles connaissent leurs premiers tribunaux, leurs premiers séjours en prison et leurs premiers interrogatoires par des agents du SBU.

Elles comprennent que se battre pour les droits des femmes dans cette Ukraine-là sera difficile et qu’il faut s’insurger contre l’État policier. Elles comprennent également que l’Ukraine ne sera jamais libre tant que la Russie sera gouvernée par le «système Poutine», et se voient dans l’obligation morale de soutenir l’opposition russe qui conteste la fraude massive aux élections parlementaires en 2011. Les Femen entreprennent une série d’actions spectaculaires à la fois contre le régime de Ianoukovitch, à Kyiv, et celui de Poutine, à Moscou, et sont incarcérées dans des prisons russes.

Ce qui est extraordinaire chez les Femen, et qui les rend très particulières dans tout l’espace postsoviétique, c’est leur ouverture sur le monde extérieur. Ces filles réagissent à la condition féminine ou à la dérive autocratique en Ukraine, mais elles sont également solidaires du combat démocratique des autres. Après leurs actions de protestation contre le régime Poutine – qui n’ont d’ailleurs pas été du goût de l’opposition russe car celle-ci, trop refermée sur elle-même, n’a pas apprécié la témérité des «petites Ukrainiennes» –, elles décident de s’attaquer au régime d’Alexandre Loukachenko, le président biélorusse considéré comme le dernier dictateur d’Europe. Leur périple biélorusse en décembre 2011, où elles tombent dans un guet-apens préparé avec soin par le sinistre KGB local et qui aurait pu se terminer en véritable tragédie, est probablement leur expérience la plus terrible. En deux-trois ans, les jeunes filles deviennent des combattantes aguerries qui bravent, avec leurs corps nus couverts de slogans caustiques, des policiers armés de matraques.

Rapidement, elles se lancent dans un nouveau combat. Athées depuis leur adolescence, elles ont bien assimilé la fameuse expression de Marx, «la religion est l’opium du peuple». Pour elles, la religion est un outil du patriarcat destiné à dominer la femme. Les Femen décident donc de partir à l’assaut du cléricalisme, qu’il soit islamique ou chrétien, car c’est toujours la femme qui en pâtit. Après avoir protesté, en 2010, contre la décision judiciaire iranienne de lapider Sakineh Mohammadi Ashtiani, le combat anticlérical prend une place de choix dans leurs actions dès 2011. Elles protestent au Vatican et à Kyiv, à Moscou et à Istanbul, à Paris et à Londres.

Il faut comprendre à quel point les Femen sont à rebours des tendances en Russie et en Ukraine. Dans ces pays, l’Église orthodoxe, qui a été persécutée lors de la période soviétique, renaît de ses cendres mais se met graduellement au service de l’État, au point de devenir de facto la religion d’État en Russie. Les Femen dénoncent ses enseignements réactionnaires et surannés, ainsi que sa collusion avec des régimes corrompus. Elles le dénoncent plus fortement encore que les célèbres Pussy Riot. Avec la même énergie et la même détermination, elles s’attaquent aux pratiques moyenâgeuses des pays où règne la charia. Ne craignant pas de titiller l’esprit de tolérance de nos sociétés occidentales, elles appellent un chat un chat. Selon elles, par exemple, l’Europe ne doit pas accepter le port du niqab ou de la burqa. «Femme musulmane, déshabille-toi!», tel est le slogan qui résume au mieux l’appel des Femen aux musulmanes de la planète et en particulier à celles qui vivent dans le monde occidental.

Avec l’acquis de l’anticléricalisme, l’idéologie des Femen prend des contours nets. Elles mènent des actions spectaculaires, de plus en plus dangereuses, contre ce qu’elles considèrent comme les trois manifestations du patriarcat : l’industrie du sexe, la dictature et le cléricalisme. À cela s’ajoutent, bien sûr, des revendications à caractère purement anticapitaliste, comme leurs actions au Forum économique mondial de Davos. Selon Femen, les femmes sont les premières victimes de la misère imposée par les maîtres du monde.

Les médias européens, mais aussi les médias de très nombreux autres pays, couvrent avidement les actions des Femen. C’est autant le contenant que le contenu qui les attire. Chaque fois, on assiste à un minispectacle où l’intérêt des spectateurs est chauffé par le danger que courent les participantes. Les reportages sur Femen expliquent rarement leur doctrine, mais abondent de photos spectaculaires. Et bien sûr, ces jeunes femmes font le miel des réalisateurs de documentaires.

Comment pourrait-il en être autrement? Ces filles sonnent le tocsin sur le clocher de la cathédrale de Kyiv, grimpent sur l’enceinte du Forum de Davos face aux snipers campés sur le toit, protestent seins nus devant la grande mosquée d’Istanbul et attaquent les intégristes catholiques de Civitas déguisées en nonnes version «très osée» avec l’inscription «In Gay We Trust» sur leurs poitrines. Et les clichés où elles se battent avec les flics ou les services de sécurité font partie du «spectacle». On est confronté à un phénomène nouveau : les Femen utilisent les moyens de l’actionnisme artistique, de plus en plus radical, à des fins purement politiques, tout en refusant délibérément de se reconnaître en tant qu’artistes. C’est le prix que ces femmes audacieuses paient, en toute conscience, pour la diffusion de leurs idées.

*

En automne 2012, les Femen se sont installées en France, tout en conservant leur bureau de Kyiv. C’est à ce moment que j’ai fait leur connaissance. J’ai rencontré Inna, puis les trois autres fondatrices, Oksana, Sacha et Anna, de passage à Paris. J’ai construit ce livre à partir de dizaines et de dizaines d’heures d’entretien avec elles. Ce sont leurs mots. Pourquoi ai-je eu envie d’écrire ce livre pour elles?

En tant que journaliste spécialiste de la Russie et de l’espace postsoviétique, je m’intéressais, depuis des années, au phénomène des jeunes radicaux qui prêchent le marxisme et le socialisme, malgré le désastre de l’expérience soviétique. L’idée que je me faisais des Femen – celle de jeunes filles idéalistes s’insurgeant contre le capitalisme sauvage dans sa version oligarchique – fut largement confirmée dès mes premiers contacts avec elles.

Mais j’ai découvert beaucoup plus que cela : quatre jeunes femmes au courage extraordinaire, créatives et modernes et, surtout, pleines de compassion pour les femmes en détresse partout dans le monde. Et parce qu’elles éprouvent une authentique compassion, elles sont également capables d’une haine féroce pour ceux qui causent la souffrance. En cela, elles sont de la trempe des grandes révolutionnaires. Les Femen me semblent être les héritières de la longue lignée de ces femmes révoltées de l’époque tsariste, comme Véra Zassoulitch, Véra Figner, Ekaterina Brechko-Brechkovskaïa, Alexandra Kollontaï, et tant d’autres. Si ce n’est que, à l’époque d’Internet et du show-business, leur fougue aboutit à des résultats très différents. Au lieu de verser dans le terrorisme, les Femen, des radicales dans l’âme, ont trouvé un moyen à la fois ludique et hautement symbolique de s’attaquer à leurs ennemis : le corps nu à la place d’un fusil ou d’une bombe.

Pourquoi ai-je donc décidé de les aider à raconter leur histoire? Malgré un certain nombre de divergences idéologiques (ainsi, je ne suis pas marxiste et suis plutôt agnostique qu’athée), je me sens proche de leur lutte. Je ne peux que partager leur révolte contre l’industrie du sexe, qui est une abomination. Mais, surtout, leur combat contre la dictature m’inspire la plus grande sympathie. À l’époque soviétique, j’ai systématiquement soutenu les dissidents et, de nos jours, les démocrates qui s’opposent au régime de Poutine et aux autres régimes autocratiques de l’espace postsoviétique. J’ai été et reste une proche amie de quelques personnages clés de la dissidence et de l’opposition politique russes, comme Anna Politkovskaïa, Elena Bonner, Alexandre Ginzburg, Vladimir Boukovski, Sergueï Kovalev, pour n’en nommer que quelques-uns, même si certains ne sont hélas plus de ce monde. Je suis toujours liée d’amitié avec un grand dissident ukrainien qui vit en France, Leonid Pliouchtch.

Reste leur anticléricalisme. Les Femen sont des athées convaincues qui considèrent que toute religion opprime la femme. C’est historiquement vrai, mais les différents cultes n’ont pas évolué de la même façon. Les protestants et les juifs libéraux ont parcouru un long chemin pour donner à la femme une place égale à celle de l’homme. L’Église catholique, jadis celle des croisades et des bûchers de l’Inquisition, est également en train d’évoluer, lentement mais sûrement. En revanche, l’Église orthodoxe russe, fidèle à la tradition byzantine et tsariste, est devenue le pilier du régime Poutine. Ce pouvoir qui écrase depuis des années l’opposition politique et la presse libre, et qui a définitivement perdu sa légitimité lors des dernières législatives entachées de fraude massive, s’appuie plus que jamais sur l’Église qui, de son côté, en profite pour étendre son emprise, y compris en Ukraine. Faut-il tolérer cette collusion entre le pouvoir poutinien et le patriarcat, dont certains hiérarques sont issus du KGB? Pour moi, la réponse est non. Sans partager leur militantisme athée ni adhérer à certaines de leurs actions, leur dénonciation des positions de l’Église orthodoxe paraît justifiée.

Bien au-delà de leurs coups d’éclat, l’aventure de ces quatre jeunes Ukrainiennes est digne d’être connue et comprise.
Ces filles ardentes, qui prônent des valeurs résolument européennes, sont un symbole d’espoir pour notre vieux continent, même si on ne partage pas toujours leurs idées ou leurs méthodes. Comme si c’était du côté de l’Est européen trop souvent négligé que débarquait l’avant-garde de forces vives et audacieuses. Quel sera l’avenir des Femen? Leur centre d’entraînement parisien, ouvert aux activistes du monde entier, a pour vocation de former des «soldates» du féminisme, afin d’attaquer les oppresseurs de la femme et de permettre aux femmes d’être libres et épanouies. Est-ce le début d’une révolution féminine mondiale que les Femen appellent de leurs vœux? On ne peut que l’espérer.

LA BANDE DES QUATRE

On nous appelle parfois «la bande des quatre». «Nous», c’est Inna Chevtchenko, Sacha Chevtchenko (c’est un nom très courant en Ukraine, on n’a pas de lien de parenté), Oksana Chatchko et Anna Houtsol. Depuis que nous avons formé le noyau dur de Femen, nous sommes en effet inséparables. Trois d’entre nous, Anna, Oksana et Sacha, sont originaires de la même ville d’Ukraine occidentale, Khmelnitski. C’est là-bas qu’elles ont commencé à étudier la philosophie et à militer, avant d’arriver à Kyiv. Quant à Inna, elle vient de la ville de Kherson, près d’Odessa, et c’est à Kyiv qu’elle s’est jointe aux trois autres fondatrices de Femen pour en devenir le quatrième «pilier».

Quelle était la vie de chacune de nous avant Femen? Dans quelles familles avons-nous grandi? Comment avons-nous ressenti la nécessité de nous battre pour les droits des femmes? Comment sommes-nous arrivées à l’athéisme dans une Ukraine postcommuniste où la religion conquiert avidement des positions de plus en plus importantes?

INNA, UNE HOOLIGANE PAISIBLE

Je suis née dans un «trou paumé» au sud de l’Ukraine, autrement dit dans une petite ville de province, à Kherson. On y parle russe, comme à Odessa qui n’est pas très loin. C’est une ville encore très soviétique, où l’URSS semble toujours présente et où rien ne bouge. C’est dans cette ville paisible qui m’exaspère depuis mon enfance que, très tôt, j’ai commencé à me dire que je ferais ma vie ailleurs.

Petite, je n’avais comme amis que des garçons et j’adorais grimper aux arbres. Je m’habillais en shorts et baskets, je détestais les robes. Cela rendait maman furieuse : elle vivait mal que je ne ressemble pas à une petite fille modèle. Ce n’est même pas que je refusais de porter des robes, mais maman savait simplement que je les salirais et les déchirerais immédiatement, que ce soit en grimpant à un chêne ou en jouant avec des pierres sur un terrain de construction. Près de notre immeuble, il y avait un chantier et le soir, lorsque les ouvriers partaient, notre petite bande de copains y pénétrait pour y construire des châteaux en briques. J’avais besoin de liberté, et au lieu de jouer à la poupée ou dans un bac à sable, je préférais me joindre aux garçons pour des expéditions plus insolites. Je ne voulais pas être un garçon, mais j’aimais en être entourée. J’étais une sorte de hooligane paisible, qui ne participait jamais aux bagarres. La seule personne avec qui je me disputais de temps en temps, c’était ma sœur aînée.

Pour le reste, j’ai été une enfant raisonnable. Mes parents ne m’ont jamais donné de fessée. En fait, j’ai la chance d’avoir une très bonne famille. Je définirais ma mère comme une «femme idéale» pour l’Ukraine. Elle était chef cuisinier dans un restaurant, avant de devenir chef d’un restaurant universitaire. C’est une femme ukrainienne typique qui travaille à plein temps mais qui tient impeccablement sa maison, fait la cuisine, prend soin de son mari et de ses enfants, sans s’énerver ou, plus exactement, sans jamais montrer ses émotions. Une femme calme, bonne, positive et très agréable. Mais ce n’est pas une femme épanouie, même si elle ne se plaint de rien. Elle porte son lot, comme un âne porte sa charge, sans comprendre qu’elle aurait pu vivre autrement. Je souffrais pour elle. Je ne connaissais pas alors le mot «féminisme», mais je me disais que cette existence était injuste. Et le fait que ce soit la norme ne m’était d’aucune consolation. J’ai compris très tôt que je ne vivrais jamais comme elle. Par contre, ma sœur, qui a cinq ans de plus que moi, a bien assimilé ce modèle. En effet, elle s’est mariée à 19 ans, a eu un enfant à 21, vit et travaille à Kherson. Cependant, on est restées très proches, et elle m’a toujours soutenue.

Product Details:

Paperback
Language: French
ISBN-10: 2702144586
ISBN-13: 978-2702144589
Product Dimensions: 8.3 x 5.5 x 0.9 inches

Here is what it is about, in French:

«L'Ukraine n'est pas un bordel!» Tel était, au moment de l'Euro 2012, le cri de guerre des Femen qui se firent remarquer dans le monde entier. Inna, Sasha, Oksana, Anna sont quatre jeunes femmes ukrainiennes. Originaires de deux villes de province, issues de familles ordinaires, elles se distinguent très tôt par leur volonté d'indépendance et le désir de ne pas gâcher leur vie, de ne pas sombrer dans la banalité sans espoir de l'Ukraine post-soviétique. À partir de 2008, cette «bande des quatre» élabore un féminisme nouveau, radical, spectaculaire. C'est ainsi que naît Femen («cuisse», en latin). Seins nus et couronnées de fleurs, campées sur des talons aiguilles, elles transforment leurs corps frêles en instruments d'expression idéologique grâce aux slogans et dessins portés sur leur peau. L'humour, la mise en scène, le courage physique et leur capacité à choquer sont leurs armes. En Ukraine d'abord, puis dans le monde entier, elles luttent pour la condition de la femme mais aussi contre la pauvreté, la discrimination, les dictatures, le diktat des religieux. En Italie, elles manifestent contre les agissements de Silvio Berlusconi, en France, déguisées en soubrettes, contre Dominique Strauss-Kahn. Les filles escaladent des clochers et des ambassades, font irruption dans des studios de télévision et des bureaux de vote. Alors qu'elles se radicalisent au cours des années, elles font toutes les quatre de la prison, sont poursuivies pour «hooliganisme» dans leur pays natal et sont interdites de séjour dans certains États. Mais grâce à une couverture médiatique extraordinaire, le mouvement fait des émules en France, en Allemagne et au Brésil. Le centre Femen France, nouvellement créé, se propose de former des activistes pour lancer d'autres actions de protestation dans le monde entier. Ce livre raconte à quatre voix l'histoire de ces néo-féministes, leur incroyable épopée, leurs ambitions pour les femmes.

in Spanish:

"L’Ukraine n’est pas un bordel!" fut le premier cri de rage de Femen au moment de l’Euro 2012.

Seins nus et couronnées de fleurs, campées sur des talons aiguilles, les Femen transforment leurs corps frêles en instruments d’expression idéologique grâce aux slogans et dessins portés à même la peau. L’humour, la mise en scène, le courage et leur capacité à choquer sont leurs armes.

Depuis 2008, cette «bande des quatre» – Inna, Sacha, Oksana et Anna – élabore un féminisme nouveau, radical, spectaculaire. En Ukraine d’abord, puis dans le monde entier, elles luttent pour la condition de la femme mais se battent aussi contre la pauvreté, la discrimination, les dictatures, le diktat des religieux. Les filles escaladent des clochers et des ambassades, font irruption dans des studios de télévision et des bureaux de vote. Passées par la case prison, certaines d’entre elles sont poursuivies pour «hooliganisme» dans leur pays natal et interdites de séjour dans d’autres États. Mais grâce à une couverture médiatique extraordinaire, le mouvement fait des émules en France, en Allemagne et au Brésil. Le centre Femen France, nouvellement créé, se propose de former des activistes pour lancer d’autres actions de protestation dans le monde entier.

Inna, Sacha, Oksana et Anna ont choisi la France pour raconter leur incroyable parcours. Elles livrent ici un témoignage exceptionnel et leurs ambitions pour les femmes partout dans le monde.

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