Amina: Cachez cette Femen…

Mon corps m'appartient, il n'est l'honneur de personne." En inscrivant ce message sur sa poitrine nue, puis en postant la photo sur Facebook en mars, Amina Tyler, 19 ans, voulait dénoncer la condition des femmes dans la société tunisienne, trop conservatrice à ses yeux. 

Le 4 avril, pour marquer leur solidarité avec leur première adepte tunisienne, les militantes du mouvement Femen ont organisé à travers le monde une journée de "djihad topless" dans plusieurs capitales, notamment à Paris et à Kyiv (Ukraine), où le mouvement néoféministe est né. Mais, à Tunis, rien. Ici, Amina est quasiment tombée dans l'oubli. Au milieu des multiples controverses qui agitent quotidiennement le pays, son cas ne fait guère débat. Islamistes, laïques, féministes, jeunes ou adultes, tous ou presque s'accordent à dire, pour des raisons diverses, que la jeune fille est allée trop loin. "Ce n'est pas la bonne méthode pour faire bouger les lignes", estime par exemple Rafet, 29 ans. Ils sont peu nombreux à s'insurger contre sa mise à l'index. La plupart estiment même qu'elle est entre de bonnes mains dans sa famille, qui a fini par la récupérer, après quelques jours pendant lesquels elle s'était réfugiée chez un ami. Lourd à assumer, le geste subversif de la jeune femme a fini par se retourner contre elle. 

"Le message d'Amina est inaudible dans la société tunisienne: en évoquant la sexualité et en utilisant son corps, elle a brisé deux tabous", souligne la psychanalyste Nédra Ben Smaïl. Auteur de Vierges ? La nouvelle sexualité des Tunisiennes, elle décrypte dans cet ouvrage l'explosion des opérations de reconstruction de l'hymen, qui illustre, selon elle, un paradoxe: si les moeurs des jeunes ont évolué, en particulier dans les grandes villes, l'"emprise de la communauté est encore très forte et les met en porte-à-faux". La plupart préfèrent la débrouille à la revendication. La règle tacite, c'est: "Fais ce que tu veux, mais en cachette", résume, désabusée, la jeune journaliste et militante féministe Henda Hendoud. Elle aimerait voir ses compatriotes "s'assumer". "Mais, ajoute-t-elle, nous ne savons pas comment exiger un minimum de libertés individuelles, sans choquer ou provoquer. La violence de la réaction fait peur." "On a cassé plusieurs tabous, comme l'alcool, ou le sexe avant le mariage. Mais on reste une jeunesse schizophrène, qui porte encore le poids des traditions", confirme Hichem, 25 ans. 

A l'hôtel, deux chambres réservées, une seule utilisée

Les couples, par exemple, doivent souvent faire preuve d'imagination. Garçonnières ou locations éphémères sont répandues. Dans les hôtels, interdits aux non-mariés, la tactique est notoire : deux chambres réservées, une seule utilisée. Il n'est pas rare que les jeunes femmes prétextent une soirée entre filles pour pouvoir rejoindre leurs copains. Rafet, lui, navigue sans mal au milieu des contradictions. Non croyant, il sait "où acheter de l'alcool pendant le ramadan" et partage ses préoccupations dans un groupe fermé, sur Facebook, baptisé "Athées tunisiens, solidarité et débauche". Ses membres organisent des week-ends de fête dans des maisons louées pour l'occasion.  

"Regardez ! Les filles fument ici, mais aucune ne le ferait dans la rue", s'énerve Zied en désignant les jeunes attablés à l'Etoile du Nord, café emblématique de la jeunesse moderniste à Tunis. C'est lui qui a réalisé les images d'Amina. Marre des compromis : pour ce jeune photographe, il faut "oser tout changer" et "savoir choquer". 

Via: lexpress.fr


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