Elles XXx: le rose et le noir de deux blondes d’aujourd’hui

Mylène Mackay et Marie-Pier Labrecque sont diplômées de l'École nationale de théâtre, Femen occasionnelles, mais surtout auteures, interprètes, artistes à tout faire et princesses du multitâche.

Cette semaine, elles ont lancé sur la scène expérimentale de la Chapelle leur premier duo, Elles XXx, un spectacle résolument féministe créé en résidence à la Chapelle avec l'aide de leur complice vidéaste Thomas Payette, et dont le titre et l'affiche suggestive attirent, pour un spectacle féministe, un nombre anormalement élevé d'hommes dans la salle. Du moins, c'était le cas le soir de la première, mardi.

Pour le reste, ce spectacle mis en scène par l'homme de théâtre Pierre Bernard, chorégraphié par Manon Oligny, qui mêle joyeusement féminisme, humour, musique, danse et vidéo, risque non seulement de faire époque, mais de tourner longtemps sur les scènes du Québec.

D'abord à cause de cette parole franche, directe, critique et pas piquée des vers, une parole qui, dans la bouche de deux jeunes femmes de 25 ans, est aussi rare qu'elle fait du bien à entendre.

Et puis il y a la forme ludique, enlevée, un feu roulant de numéros haletants inspirés du rose du music-hall et des variétés, mais mis au service d'un propos dur et sans concession. C'est cette collision entre le rose et le noir, entre la blonde tout à sa séduction et la féministe assumée, qui fait le charme d'Elles XXx, où il est question pêle-mêle d'anorexie, de chirurgie plastique, du culte de la performance, de danseuses nues, de princesses déçues, de femmes frivoles et de lapidation.

Dans une suite de sketches sur le thème du mode d'emploi, les deux filles, posant comme des émules de Doris Day, nous expliquent comment faire une burka en cinq étapes faciles, puis un cunnilingus en cinq étapes faciles et, enfin, une lapidation en cinq étapes faciles. Plus le numéro avance, plus on rit jaune, jusqu'à ne plus rire du tout. Puis il y a ces pubs projetées sur grand écran où les deux filles, en soutien-gorge pigeonnant noir, vendent leur corps en même temps que des biscuits, du yogourt et des chips, tout cela au bénéfice d'une société obsédée par le sexe.

Dans un numéro inspiré de feu Micheline Charest, Marie-Pier Labrecque incarne une femme d'affaires hyper-performante et caricaturale, impatiente de voir son futur fils naître d'une mère porteuse qu'elle traite comme un chien, avec toute la misogynie dont certaines femmes sont capables.

Dans un ultime numéro et peut-être un des plus touchants, Mylène Mackay incarne une femme qui se change mille fois devant son miroir, quémandant constamment l'approbation d'un interlocuteur masculin invisible sans lequel elle ne semble pas pouvoir exister.

Il y a beaucoup d'humour dans le monde de Mylène et de Marie-Pier, mais il y a aussi beaucoup de douleur et de rage, ainsi qu'une saine dose d'autodérision qui les empêche de sombrer dans le prêchi-prêcha ou la victimisation à outrance et qui nous garde constamment éveillés, avertis et captivés.

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Au Théâtre La Chapelle, du mardi au samedi jusqu'au 3 mai.

Via: lapresse.ca


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