Eloïse, Femen et "guerrière d’un nouveau genre"

Elle se dit "assez pudique", mais n'hésite pas à faire tomber le haut pour des causes qui lui tiennent à coeur. "Je n'ai pas l'impression de me déshabiller (…) C'est comme si je tenais une pancarte avec un message", assure-t-elle. A 29 ans, Eloïse Bouton est l'une des chefs de file des Femen en France. Un mouvement qu'elle a rejoint bien avant la création en fin d'année dernière d'un centre international d'entraînement dans le 18e arrondissement parisien. "J'ai découvert les Femen comme tout le monde, par les médias, lors de leur action devant le domicile de DSK en novembre 2011 à Paris", explique cette journaliste et traductrice free-lance. Ensuite, tout s'enchaîne. Jugeant "pertinent" le message de ce mouvement venu d'Ukraine, elle le contacte par sa page Facebook et se dit prête à devenir "activiste".


Pancartes et affiches dans la salle d'entraînement des Femen à Paris (leJDD.fr)

Depuis, Eloïse Bouton - qui a écrit avec son groupe de rock une chanson intitulée Bare Breasts (Seins nus, Ndlr) pour la cause Femen - a participé à l'ensemble des actions menées en France. Sa première, c'était à Londres lors des Jeux Olympiques de 2012. "C'était difficile (…) Pas tant la garde à vue que le traitement, comme si l'on était des terroristes", explique-t-elle. Avant de poursuivre : "C'est toujours fou le décalage entre ce que j'ai l'impression de faire et la réception en face."

"Sors, déshabille-toi et gagne"

Pour l'heure, son pire souvenir reste la manifestation des opposants au mariage pour tous en novembre dernier, où les Femen et l'essayiste Caroline Fourest (qui tournait un documentaire sur le féminisme, Ndlr) avaient été molestées par plusieurs membres de Civitas, une organisation proche des catholiques intégristes. L'action - très critiquée - à la basilique Notre-Dame mi-février? "Nous n'avons pas de regret. C'est tout à fait le mode d'action Femen. Cette cristallisation montre bien que l'on a touché un point sensible", justifie Eloïse Bouton. Quant aux meilleurs souvenirs, ils se concentrent toujours "après l'action" quand les filles se retrouvent "ensemble en sécurité" et sont "contentes d'(elles)".


Les Femen lors de l'opération Notre-Dame mi-février (Reuters)

Et elle l'assure, "la défense des femmes est un combat mondial". Il est aussi d'actualité en France, selon elle, où la situation est toutefois bien loin de celle en Ukraine. "Evidemment, ce n'est pas similaire. On vit dans une démocratie, mais il reste des problèmes de sexisme ordinaire, de violences quotidiennes faites aux femmes", justifie-t-elle, insistant sur le côté "pernicieux" des choses. "Quelque part, c'est plus dangereux, car c'est quelque chose qui est complètement intégré et que l'on ne remet plus en cause", poursuit cette activiste, qui reprend l'un des slogans phares du mouvement féministe : "Sors, déshabille-toi et gagne".

Désormais en "temps-plein bénévole" au sein des Femen françaises, qui regroupe une quarantaine de femmes dont une dizaine d'activistes, âgées de 22 à 49 ans, Eloïse Bouton ne regrette rien. "J'ai toujours été engagée d'un point de vue associatif et politique depuis que je suis adolescente (…) Femen réunit tous les combats passés que j'ai pu mener", se réjouit-elle, heureuse "d'être Française, engagée, militante et activiste". "L'activisme a aujourd'hui disparu en France. Je trouvais qu'il y avait vraiment une place à prendre ou à reprendre en tout cas pour faire bouger les choses", explique-t-elle.

"Tout à coup, on se met nu et c'est insupportable"

Cette place retrouvée, les Femen ne comptent pas pour le moment la lâcher. Eloïse Bouton non plus. Entre réunion et entraînement - pour "apprendre à crier, à gérer son souffle, à regarder quelqu'un droit dans les yeux sans ciller…" - hebdomadaires, et accueil des nouvelles recrues, ses semaines sont bien chargées. Un engagement qui a été "plutôt bien" perçu dans son entourage, même si le mode d'action "a pu interpeller". "Professionnellement par contre, j'ai quasiment perdu toutes les piges que j'avais en six mois", regrette-t-elle.


Entraînement au Lavoir moderne parisien à Paris (leJDD.fr)

Alors elle se consacre à ce nouveau combat, affirmant haut et fort que le corps des femmes est l'indicateur de leur liberté. "Tout à coup, on se met nu et c'est insupportable", dénonce cette "guerrière d'un nouveau genre". L'objectif des Femen? "S'internationaliser", explique Eloïse Bouton. Actuellement, quatre pays sont vraiment actifs : l'Ukraine, la France, le Brésil et l'Allemagne. "La Tunisie est l'un des endroits où il y a le plus d'activistes potentielles", précise-t-elle. Reste que le topless y apparaît difficile. "Aujourd'hui, ce n'est pas possible (…) Il faut réfléchir à la manière d'imprimer la marque Femen sans mettre en danger ces filles-là. L'adapter à chaque pays", reconnaît l'activiste française. La machine féministe est en marche.  

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Via: lejdd.fr


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