La RTS au secours du système carcéral tunisien

Hier, sur Forum, la RTS a diffusé l’interview d’Héla Ammar, une “experte” des prisons de Tunisie. Une posture délicate.

Alors que la presse s’interroge unanimement sur le passage au Jihad de la petite république méditerranéenne d’où la révolution est partie, et que l’ensemble des pays du Maghreb semblent prendre la tangente dans cet esprit nouveau, la Radio suisse romande fournit de considérables efforts pour tenter d’éteindre l’incendie déclenché par les accusations des trois Femen récemment libérées sur leurs conditions d’incarcération.

L’on pensera, bien entendu, ce que l’on voudra des Femen, l’on relativisera, bien évidemment, la notion de confort carcéral sans sombrer dans un fantasme à la midnight express, mais l’on s’interrogera tout de même sur l’opportunité, de la part d’un média qui ne fait rien par hasard, de cette tentative bien maladroite de réhabilitation du système pénitentiaire tunisien.

Maladroite car Héla Ammar, auteur d’un ouvrage sur la peine de mort, ne s’embarrasse pas de répondre factuellement aux militantes féministes, elle semble même ne rien savoir des procédures de fouilles dans les prisons de son pays.

L’interview n’en reste pas moins essentielle dans le soin que met Mme Ammar à ménager l’importance à donner aux “standards internationaux” ainsi qu’aux motifs d’incarcération des femmes, – qui pour un short, qui pour un baiser, qui pour avoir égaré sa virginité – invoqués dans le seul but, dit-elle, de coller à la Tunisie l’image d’un pays sombrant dans l’islamisme.

Les journalistes alors d’enquiller sur les excès d’une vision ultra-occidentale des Femen, vision discriminatoire. Marquons un temps, il s’agit de la première remarque critique depuis la fondation des Femen sur cette antenne. L’on s’égarera sur les seins de ces dames pour revenir à cette idée que les Femen en ont menti, sans toutefois fournir le moindre élément concret.

Ce qui est absolument capital ici, c’est de constater que cette très fine couche d’intellectuels qui fleure à la surface des sociétés arabes, amis des journalistes, parlant un français impeccable, est en train de dériver au large des référents occidentaux. L’on admettra le principe des Femen, mais l’on n’admettra plus leurs attaques directes. L’auteur du ”syndrome de Siliana” semble elle-même atteinte du syndrome à la base de tous les raidissements musulmans, le syndrome d’infériorité devant cet Occident qui n’aurait fait sa grandeur que sur la spoliation des richesses du monde arabe. Un fantasme largement répandu, qui fonde une frustration montée sur un fort sentiment d’injustice et qui est parvenu à associer un attachement suranné et terriblement XXe siècle de fierté nationale à la conviction qu’un retour à la religion originelle est la seule façon de parvenir à débarrasser les pays musulmans de leur état de soumission. Le courant est fortement contestataire envers la génération précédente qui s’est laissée séduire par la verroterie de croisés occidentaux ne vivant que pour le mépris des populations exogènes. Le retour aux sources de la grandeur historique de l’islam permettrait de libérer le monde arabe de cette corruption qui aura bientôt raison, et on ne peut leur donner tort, du monde occidental. La force de ce rejet est particulièrement manifeste dans les pays à fortes densités touristiques. Le spectacle de ces rangées d’Européens incultes et repus, affalés sur leurs plages, a terminé d’entériner la certitude de leur supériorité morale. Balayer le passé, juger la génération de son père, se venger, s’élever spirituellement vers la résurrection de la conscience collective de l’Oumma, la communauté des croyants, avant celle du Jihad, celle des soldats de la foi, le cocktail est plus que complet pour une révolution qui emportera tous les enthousiasmes.

Si les Femen ont commis une erreur, c’est de croire que leur modèle était exportable partout où il y a des caméras de télévision. Une erreur que nous commettons tous, sans penser un instant que c’est précisément ce modèle de prétention libertaire qui va fédérer contre nous le reste du monde. Héla Ammar, artiste, écrivain, n’est déjà plus sur la même longueur d’onde, la Tunisie n’est déjà plus tout à fait une colonie culturelle, ce serait même plutôt l’inverse, on a perdu l’Afrique du nord.

 

RTS Forum 30.06.2013

Via: lesobservateurs.ch


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