L’art du combat selon deux amazones

Dans son livre intitulé «Inna», Caroline Fourest prend ses distances avec les Femen, ce mouvement féministe né en Ukraine. A l’heure où le pays bascule dans la guerre civile, cette biographie prend un autre sens










L’Ukraine n’est pas un grand bordel, slogan des Femen pour lutter contre le tourisme sexuel

Combien de biographies biaisées parce que l’auteur s’est entiché de son sujet? D’essais complaisants par aveuglement amoureux? Ou de pamphlets écrits avec l’encre du dépit? C’est l’honnêteté du livre de Caroline Fourest que d’engager sa subjectivité, et même un peu plus puisqu’elle avoue être tombée amoureuse d’Inna, titre de la biographie qu’elle consacre à la meneuse des Femen, ce mouvement international né en 2008 en Ukraine dans la foulée de la Révolution orange. Depuis, on ne compte plus les actions spectaculaires, toujours courageuses, parfois contre-productives, de ces amazones qui ont compris que les seins nus et les couronnes de fleurs étaient plus médiatiques que les cagoules.

Donc Caroline Fourest a rencontré Inna Shevchenko à son arrivée à Paris en 2012, alors que l’Ukrainienne faisait l’objet d’une enquête criminelle dans son pays après avoir tronçonné une croix catholique en soutien aux Pussy Riot. Elle a été séduite par cette guerrière en talons aiguille, émue «par la courbe de ses reins». Prenant le contre-pied de ceux qui pensent que «la vie privée doit rester une affaire privée», Caroline Fourest joue habilement de cette tension entre le désir et la militance, l’envie de plaire et le goût de convaincre. Convaincre tant les deux femmes sont différentes, de caractère et de culture.

Inna, née un an après la chute du mur de Berlin, à une centaine de kilomètres de Tchernobyl, a grandi dans cette Ukraine passée brutalement du communisme soviétique à la corruption, et qui bascule en ce moment dans l’horreur de la guerre civile. ­Caroline est une femme d’influence – ses joutes avec Tariq Ramadan sont ses faits d’armes – et une bobo avec un carnet d’adresses impressionnant. Inna, qui se nourrit de boîtes de thon, ne comprend pas cette France qui passe son temps à table avant de passer à l’action. Caroline s’énerve de l’impétuosité irréfléchie de son amie. Inna s’attaque frontalement au symbolique. Caroline, voltairienne, se défend par la dialectique. La Blonde joue d’une hypersexualisation qu’elle retourne contre ses adversaires, la brune affiche une androgynie qui lui assure une certaine neutralité. Si leur objectif est le même – égalité, laïcité, dénonciation du patriarcat – et leurs ennemis communs, leurs stratégies de combat sont devenues incompatibles

Via: letemps.ch


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