Les Femen essaiment jusqu’à Poitiers

Elles ont posé tous seins dehors devant la statue de Jeanne d’Arc. Les Femen ont essaimé jusqu’à Poitiers. Rencontre avec des activistes qui aiment les médias autant qu’elles s’en méfient.

. PHOTO/@ Femen Poitiers

On les connaissait ukrainiennes, blondes, élancées, convoquant les télés pour des actions coup de poing. On avait vu leurs sœurs françaises choquer les catholiques, seins nus dans la nef de Notre-Dame à Paris. Les Femen essaiment. Jusqu’à Poitiers.

Dimanche 21 septembre. Journée du patrimoine. Elles sont six, dans la brume matinale poitevine, à enlever le haut devant la statue de Jeanne d’Arc. Elles n’ont pas prévenu les journalistes, ont choisi de poser devant l’objectif d’un «ami photographe». Sur leur poitrine, ce slogan: «Femen, pas FN». Manière de rappeler que Jeanne d’Arc est un modèle d’émancipation féminine, un symbole qu’il n’est pas question d’abandonner à l’extrême droite. Elles remettent ça quelques minutes plus tard au pied de la statue de la Liberté poitevine. L’une d’elles, Emma Crews, une Écossaise, partage les images sur Facebook. Les journaux les publient.

Opération choc? Opération light, plutôt. «On a fait ça le matin pour croiser le moins de monde possible. Et surtout pas les enfants. On a même vérifié les horaires de la messe de l’église voisine. On voulait perturber, mais pas choquer. Éveiller les consciences, susciter l’intérêt.» C’est réussi.

«C’est notre combat qui importe, pas nous»

Elles-mêmes s’avouent surprises par l’ampleur prise par leurs photos topless de septembre. Par les «nombreux retours positifs» qu’elles ont reçus. Les images ont été largement reprises dans la presse régionale qui s’est intéressée à ces Femen aux premiers pas hésitants sur le chemin de l’activisme radical.

Leur «agit-prop» ne fait pas l’unanimité dans le milieu féministe. Elles en ont conscience, mais balaient les critiques. «Ces femmes-là font du féminisme sans se mettre en danger. Nous pensons, nous, que ce qui fait avancer la cause est intéressant.» User de leurs attributs féminins pour faire avancer la cause des femmes bâillonnées par la dictature masculine de nos sociétés. C’est le sens de leur combat. Mais là où les Femen d’Ukraine ou de Paris, dans le sillage de leur leader Inna Shevchenko, répètent avec aisance leur message devant des caméras complices, leurs petites sœurs poitevines tâtonnent.

Elles ont 20 ans, sont trentenaires ou quadras, étaient jusqu’alors dans le milieu associatif ou culturel. Elles sont quatre autour de la table dans un petit resto, près de la gare. Elles ont accepté la rencontre, mais se montrent méfiantes. Posent sur la table un dictaphone pour enregistrer la conversation. Refusent de donner leur nom. «C’est notre combat qui est important, pas nos personnes», affirment-elles. Tout juste concèdent-elles à dire qu’elles sont étudiante, enseignante, artiste et éducatrice.

Passe entre leurs mains un cahier d’écolière sur lequel est déclinée la rhétorique femen. Elles expliquent leur démarche de militantes féministes ayant décidé de durcir le ton. De rejoindre un mouvement né il y a six ans dans une Ukraine sous la coupe réglée d’un patriarcat qu’elles entendent mettre à genou. «Nous sommes contre le patriarcat, favorables à l’égalité entre les hommes et les femmes.»

La prostitution dans le viseur

Poitiers, ville macho? «Non, pas plus que les autres.» Mais pas moins non plus. Et les militantes de rappeler les chiffres effrayants de violences conjugales: en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Elles évoquent aussi l’inégalité dans le travail, les écarts de salaire injustifiés entre hommes et femmes.
Elles se déclarent «totalement pacifistes». Pour «une liberté de culte, mais dans la sphère privée».

Leurs sœurs ukrainiennes sont moins nuancées. Notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer l’islam qu’Inna Shevchenko a de nombreuses fois pointé du doigt. «Nous ne sommes pas islamophobes, mais nous n’avons pas peur de souligner les aspects liberticides de cette religion ou d’autres religions.»

Selon les Poitevines, «il n’existe pas de formule miracle pour être une femme libre». Et le voile n’est donc pas forcément synonyme d’oppression. «Une femme ne se résume pas à ses seins, pas plus qu’elle ne se résume à son voile ou sa burqa.»

Leur prochain combat: contre la prostitution et la «traite humaine». «Elle est importante à Poitiers où 95% des prostituées sont nigérianes.»

Ensuite? La lutte continue. «Notre mouvement se développe partout en France.»



Via: charentelibre.fr


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