Militantisme gay : merci aux Femen, c’est très fort !

L’action des Femen, lors de la manifestation contre le mariage gay de l’organisation d’extrême droite Civitas, marquera sûrement le tournant de la mobilisation en faveur du mariage pour tous et de la procréation médicalement assistée (PMA).

Tout d’abord parce que cette action a suscité une vague de soutiens sans précédent face à la violence de la confrontation. Mais surtout parce que, dans sa forme et son esprit, elle renouvelle les modes d’action lesbiens, gays, bi et trans (LGBT) – tout en venant d’un groupe de femmes féministes.

On se souvient d’Act Up en 1989...

C’est un peu comme en 1989. Il suffit qu’une quinzaine de personnes manifestent d’une manière nouvelle et soudain : cela cristallise dans le visuel quelque chose que l’on attendait confusément [six mois après sa fondation, le 1er décembre, Act Up-Paris accroche une banderole « Oui à la capote » sur les tours de la cathédrale de Notre-Dame de Paris pour dénoncer l’attitude de l’Eglise catholique].

Pour les médias qui étaient présents et les activistes qui ont préparé cette action, c’est un moment décisif qui rappelle les premiers « zaps » d’Act Up.

En mieux. Plus moderne. Plus « now ».

Une manif’ très graphique

Regardons ces images et ces vidéos de manière graphique. Car c’est toujours l’image qui prime.

  • des filles nues (c’est leur marque) avec une typo vaguement gothique (mais parfaite) sur la peau, avec des slogans ;
  • des extincteurs repeints en blanc avec marqué dessus, avec la même typo, « Holy Sperm » ;
  • de la fumée ;
  • une chorégraphie ;
  • des cris ;
  • une bousculade.

Quand ces photos sont apparues sur Facebook, elles sont été partagées des centaines de fois en l’espace de quelques minutes, comme un acte instantané, spontané. Cela ressemblait à un tableau classique du genre « Le Radeau de La Méduse ». Ou une image des barricades de la Commune. Ou une image de Mai 68, ou du Festival Wigstock.

Il y a du courage, même un esprit suicidaire

En fait, cela venait d’Ukraine. Et aujourd’hui, ces filles viennent s’engager en France, avec la ferme intention de montrer comment l’ « agitprop » doit être fait aujourd’hui. C’est une initiative féministe et les références historiques sont innombrables. Il y a du courage, de la témérité, même un esprit suicidaire : se servir de son corps pour manifester, presque nu, dans le froid, face à un groupe de droite très mobilisé. C’est très fort.

Graphiquement, donc, c’est une action qui a été pensée dans les moindres détails. Comme à Act Up, la « fabrication d’objets » a été simple et efficace :

  • costumes de nonnes résumés à l’extrême (c’est du Fellini !) ;
  • extincteurs du BHV repeints en blanc (c’est le nouvel artefact qui remplace les vieilles cornes de brume) ;

Les journalistes, des boucliers inspirés

La mobilisation des médias est importante à double titre :

  • faire la photo ou la vidéo qui restera historique,
  • servir d’écran protecteur pour les militantes.

De nombreuses personnes présentes ont admis que si les médias n’avaient pas été là, il y aurait eu des risques de lynchage. Il ne faut pas oublier aussi, que les journalistes sont souvent plus que des personnes qui tendent le micro ou qui font des photos.

Dans le cas présent, ils ont été invités à être témoins d’un évènement qui lance une dynamique. Comme à l’époque d’Act Up, ces journalistes veulent s’engager.

Ils ont 30 ans, ils n’ont pas connu Act Up à la belle époque. Les Femen les inspirent. En étant ainsi présents, ils sont invités aussi à rejoindre le mouvement.

Un électrochoc pour les assos LGBT

Donc, c’est toujours la même recette : agir à travers les médias. « Who cares » si ça tourne mal, si des coups sont échangés (du moment qu’il n’y a pas de fracture grave, j’insiste) : l’important, c’est la photo, au-delà de l’action. C’est la photo qui va devenir virale, qui traverse les pays et le temps. Qui fige un moment.

Et à tous ceux qui disaient depuis des années, malgré « Occupy » et les Anonymous, que les actions activistes appartenaient au passé, voici la preuve, avec les Femen, que le renouveau est là, qu’il est possible, qu’il fonctionne au-delà de toutes les attentes.

L’action des Femen est un électrochoc pour les LGBT car il peut donner des idées aux groupes d’affinité qui vont se préparer dans leur coin pour la grande manifestation du 16 décembre.

C’est là où le militantisme bien organisé rejoint les « flash mobs ». Au lieu de présenter aux médias des « kiss in » ratés devant l’Hôtel de Ville ou devant l’Assemblée nationale, sans banderole, sans effet visuel, sans son, sans ENCADREMENT, l’action des Femen aura servi à inspirer les LGBT avec des images percutantes.

Désormais, n’importe quel groupe d’amis et d’amies de dix à quinze personnes (ou 50 !) peut désormais intervenir. Ce n’est plus du cirque de rue. C’est le retour aux « affinity groups ».

Le 16 décembre, le bonheur de manifester

Il faut vraiment que vous regardiez « United in Anger » de Jim Hubbard. C’est pour ça que j’insistais pour que ces films soient projetés lors du festival Chéries-Chéris. Si on avait pu voir ces films, on aurait pu s’inspirer de ce qui a déjà été oublié. Par exemple, et après j’arrête avec ça : dans « United in Anger », lors de la manif « Storm the NIH » d’Act Up, on voit plusieurs personnes avec des fumigènes attachés au bout de perches de cinq mètres de haut.

Et ces personnes se mettent à courir, traversant la manif, laissant derrière elles un panache de couleurs qui s’évaporent dans la foule et dans le ciel. C’est du spectacle ! Quelque chose qui fait crier les gens de bonheur, d’être ensemble et de manifester ! C’est fondamental dans l’esprit d’une manif qui demande l’égalité pour toutes et pour tous ! Vous DEVEZ voir ce film ! Le 29 novembre par exemple ! !

Et enfin, please, demandez à vos amis graphistes de faire des pancartes ! Demandez à Pascal Colrat, au moins ! Le 16 décembre, il faudra être nombreux mais surtout il faudra sortir de cet état d’esprit misérabiliste du kiss in de l’Hôtel de Ville car nous sommes obligés d’être inventifs !

C’est ce qui va leur trouer le cul, à la droite et au PS ! Et il y a encore assez de gens riches dans cette crise économique pour trouver les moyens de faire les choses d’une manière plus... glamour.

Les gays du Cox réveillés par les Femen !

Donc, merci aux Femen. Et n’oubliez pas, ce sont elles les militantes. Ce sont elles qui ont inventé cette action. Il faut les rejoindre. Il faut protéger leur siège. Il faut s’en inspirer. Il faut arrêter de récupérer leurs actions comme le fait Caroline Fourest (j’ai vu des articles du genre « Caroline Fourest et les Femen tabassées ». NON, c’est « Les Femen sont tabassées, Fourest ensuite »).

Il faut reprendre l’initiative dans le combat pour le mariage. Obtenir la PMA, coute que coûte. Refuser la « liberté de conscience ». Et enfin, enfin, enfin, grâce aux Femen, mobiliser les gays du Marais qui restaient jusqu’alors en retrait. Ah la blague ultime ! Les gays du Cox réveillés par les filles du Femen !

Si on nous l’avait dit !

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Via: rue89.com


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