Au lit avec les Femen

Couronnes de fleurs et poitrines nues bardées de slogans, postures conquérantes, actions chocs dans l’espace public. Depuis l’envol du mouvement à la fin des années 2000, les Femen ont donné un nouveau «visage» au féminisme. Portées par l’engouement médiatique, elles jouissent désormais d’une notoriété internationale. S’il y a lieu de s’en réjouir pour les causes qu’elle défend, l’organisation ukrainienne est pourtant la cible de nombreuses critiques, les plus virulentes venant paradoxalement du camp des féministes. Des effets pervers de la méthode seins nus à l’opacité du financement, en passant par l’influence d’un prétendu mentor ou une ligne idéologique nébuleuse, les attaques pleuvent et certaines questions s’avèrent assurément aussi dérangeantes que pertinentes.

A l’affiche depuis mercredi, Je suis Femen y apporte hélas peu de réponses. Découvert au festival Visions du Réel, où il a remporté le Prix du long métrage suisse le plus innovant (?), ce documentaire dresse – selon les termes du jury – le «portrait de femmes courageuses qui portent leurs convictions sans compromis». Dans un genre cinématographique aux formes multiples, l’œuvre relève en effet clairement du portrait et non de l’enquête journalistique. Le réalisateur, Alain Margot, retrace avant tout le parcours personnel de la militante Oxana Shachko. Manifestement sous le charme, il la filme amoureusement… jusque dans sa baignoire! Il n’hésite pas non plus à convoquer Delacroix et sa Liberté guidant le peuple pour célébrer sans réserve le combat de ces amazones du XXIe siècle.

Sur les sujets qui fâchent, on devra donc se contenter de quelques sommaires mises au point des Femen elles-mêmes. Obnubilé par sa belle protagoniste, le cinéaste ne dévoile à aucun moment les coulisses et le fonctionnement interne de l’organisation. Sans doute ne fallait-il pas s’attendre à une réelle distance critique de la part d’un réalisateur «embarqué» pendant presque trois ans auprès d’elles (on dirait embedded en anglais), qui avoue s’être «attaché aux filles et à leur cause».

Face à la fronde qui s’abat sur le mouvement, Je suis Femen a néanmoins le mérite de redorer son blason. Oui, la fin justifiant les moyens, la «nudité subversive» (qui détourne le stéréotype de la femme-objet) est une arme de protestation politique légitime – fût-elle à double tranchant. Aux féministes de salon versées dans les controverses théoriques, le film rappelle par ailleurs la violence qui s’abat sur les Femen en Ukraine, en Biélorussie et en Russie voisines: répression et intimidations policières, passages à tabac, surveillance des services secrets, procédures en justice, emprisonnement, accusation de terrorisme. Et cela alors que leurs actions, toutes radicales qu’elles sont, n’en demeurent pas moins pacifistes. A travers le rôle de l’activiste et peintre Oxana Shachko, Alain Margot souligne enfin la dimension artistique de ces happenings, à considérer comme autant de performances. Ce sont là les modestes vertus, mais aussi les limites, d’un documentaire partisan qu’on aurait souhaité moins superficiel.

Via: lecourrier.ch


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The mission of the "FEMEN" movement is to create the most favourable conditions for the young women to join up into a social group with the general idea of the mutual support and social responsibility, helping to reveal the talents of each member of the movement.

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