Christine Boutin enlacée par des Femen

Sur le vif

La fin de la démocratie chrétienne

La "victoire" de dimanche est sans doute la plus symptomatique de l'inexorable effondrement du Parti démocrate chrétien dans les cantons catholiques romands.

Non seulement le PDC a senti passer le vent du boulet pour ce qui semble être la toute dernière fois, mais il a démontré sa totale incapacité à défendre la forteresse de droite sans l'aide d'alliés de fortune, ennemis traditionnels, comme le PLR, ou moins traditionnels, comme l'UDC, et qu'il faudra bientôt payer.

La gauche est aux portes et ne fait pas mystère de sa lecture du résultat: "On voit qu'il y a une évolution en profondeur dans le canton de Fribourg, que, sociologiquement, le canton évolue, et qu'on peut espérer rééditer une campagne prometteuse pour 2016 et, qui sait, prendre la majorité à ce moment-là", déclare Christian Levrat. "La victoire de droite qui fait espérer à gauche", titre très justement Le Temps. La victoire d'hier n'est qu'un répit de courte durée.

Cette "évolution en profondeur", c'est la lame de fond de la morale déboulonnée par le socialisme révolutionnaire, c'est la lente dissolution de cette référence primordiale du PDC qui lui permettait d'être tout à la fois social et conservateur, le christianisme. Le PDC tenait cette référence de l'Eglise catholique et l'a perdue avec elle lorsque l'épiscopat a choisi de brader sa souveraineté philosophique pour sous-traiter la caricature de référent moral - la singerie aurait dit saint Augustin - du socialisme contemporain.

Depuis, le PDC ne sait plus vraiment qui il est, votant à gauche sur toutes les questions morales et avec la droite libérale sur quelques rares sujets d'économie, tenant en son sein un reliquat de vieux bourgeois en déshérence et une poignée de jeunes gens égarés parmi les derniers à se souvenir de l'histoire du parti. Jean-Pierre Siggen, lui-même, semble ne plus savoir où se situe sa formation, dont "les valeurs, la position" se trouveraient "au centre-droit" - cul-de-sac consensuel dont l'excellente campagne du candidat Steiert a démontré que la gauche pouvait tout aussi bien se l'approprier sans susciter plus de réactions. A compter de ce jour, le PDC ne sera plus que l'indicateur opportuniste de la tiédeur en politique, ballotté entre deux extrêmes en croissance constante et dont l'influence seule déterminera la position d'un "centre". La fin du christianisme en politique donnera le jour à un bipartisme sommaire à l'anglo-saxonne, une tranchée froidement matérialiste où le peuple aura tout à perdre de son indépendance idéologique et politique.

Curieusement, la campagne ne s'est montrée intéressante que lorsque, dans un dernier soubresaut, un membre encore vivace du PDC vint rappeler ce qui devait distinguer son parti des socialistes. L'indignation jaillit de ses propres rangs, qui se prirent à se scandaliser d'une image, d'une différence, dont ils ne veulent plus, qu'ils ne savent plus appréhender; preuve s'il en est de la suprématie totale abandonnée à la gauche sur l'horizon idéologique. Puis la sanction des faits fut implacable, le PDC avait aussi mal voté que le PS en l'occurrence; où était-elle cette différence ?

La démocratie chrétienne ne semble plus être qu'une coquille vide, tout juste bonne à faire élire péniblement quelques têtes de gondoles au nom d'un passé glorieux dont la mémoire passera avec cette génération. La force morale est ce qui fonde les convictions, ce qui marche en politique. La crise viendra bientôt entamer la patine de succès matériel qui fonde le dernier argument rationnel de la droite. Cette même droite qui doit comprendre qu'il lui faut impérativement combler sa lacune philosophique si elle veut pouvoir tenir face à un mouvement, un système, monté comme une religion, avec sa morale, ses prônes, ses dogmes et ses anathèmes.

En ce siècle, qui sera religieux ou qui ne sera pas, la conviction, la foi, fût-elle mauvaise, erronée, vaudra toujours plus que son absence.

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Via: lesobservateurs.ch


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