La féministe Amina Sboui porte plainte pour agression

Sur la photo, qu’elle a prise avec son téléphone portable, la jeune fille fait face à un miroir. Son poing est contre la glace, son regard triste et baissé. La photo est un peu floue, mais on voit très clairement ce qu’elle a voulu montrer : ses sourcils rasés, la petite tonsure sur le devant de ses cheveux très courts. Elle l’a légendée ainsi : «Ça ira Amina. Ça ira reste forte. #agression #tentative de viol».

Dimanche soir, Amina Sboui, 19 ans, ancienne Femen, tunisienne réfugiée en France suite à plusieurs épisodes fortement médiatiques, a expliqué sur son compte Facebook avoir été victime d’une violente agression par des «islamistes» le matin même à Paris. Il était, selon elle, 6 heures du matin lorsqu’un homme l’aurait accostée sur le quai du métro place Clichy et l’aurait forcée à la suivre en la tirant par le bras. Quatre autres arborant, toujours selon ses dires, barbe longue et tache sur le front, auraient été postés dehors, l’attendant. «Ils m’ont rasé les sourcils, les cheveux, en me disant que je mérite pas la beauté que Allah m’a donnée. Ils m’ont dit sale pute, on va te violer et Allah va nous remercier pour ça», a-t-elle écrit.

Elle n’a pas porté plainte immédiatement, mais l’a fait ce lundi après-midi, sur les conseils de son avocat Martin Pradel. «C’est très grave, dit ce dernier. Elle n’est pas blessée, mais le symbole de tondre quelqu’un sur la place publique est très fort. On s’en prend à ce qu’elle représente. Elle incarne une certaine liberté d’expression, liberté de conscience, qui dérange. Ca révèle un climat délétère autour de la liberté d’expression.»

Episodes médiatiques

Amina Sboui s’est fait connaître en mars 2013 (lire son portrait dans Libération du 06/09/2013). Alors lycéenne en Tunisie, elle envoie aux Femen une photo d’elle, seins nus, un livre religieux et une cigarette à la main, un slogan écrit sur le torse en arabe : «Mon corps m’appartient et il n’est l’honneur de personne.» Les féministes postent l’image, internet s’enflamme, mais Amina ne répond plus. Elle dira plus tard avoir été enlevée par sa famille, «très traditionnaliste». Sa mère, elle, expliquera aux médias que sa fille souffre de troubles psychiatriques.

Deux mois plus tard, Amina tague «Femen» sur le mur d’un cimetière de Kairouan, et est emprisonnée. Trois autres militantes Femen, deux Françaises et une Allemande, venues lui manifester leur soutien seins nus devant le palais de justice de Tunis, seront elles-aussi emprisonnées, et feront un mois de détention.

Dernier épisode médiatisé (avant celui d’aujourd’hui) Amina, trois semaines après sa libération, à la surprise générale, déclare qu’elle quitte les Femen, les taxant d'«islamophobes» et disant craindre qu’elles soient «financées par Israël». Chez celles qui l’ont soutenue, le goût est amer.

Soutiens et scepticisme

Aux policiers auprès de qui elle a porté plainte, ainsi qu’à son avocat Martin Pradel, Amina Sboui a expliqué qu’elle sortait ce dimanche matin d’une nuit aux urgences de l’hôpital Bichat, où elle aurait été soignée pour une «cheville foulée». C’est en partie parce qu’elle aurait été ainsi diminuée que celui qu’elle décrit comme le premier de ses cinq agresseurs aurait pu la tirer «hors du métro».

«Elle avait déjà été agressée verbalement, dit Martin Pradel. Elle est très exposée, et ce qu’elle représente déplaît à beaucoup. Mais ce qui est une première, et extrêmement choquant, c’est cette agression physique avec une volonté de la dégrader. Elle a été véritablement terrorisée quand ils ont sorti le rasoir, elle a eu peur d’être entaillée.»

Sur internet, les déclarations d’Amina a déclenché un flot de réactions – soutien pour certains, comme l’essayiste Caroline Fourest et la journaliste du Nouvel Observateur Sara Daniel – mais aussi beaucoup de scepticisme, de nombreux internautes mettant fortement en doute la crédibilité de ses dires. Au cœur de ces échanges s’est inscrite une autre mini polémique, Amina ayant annoncé avoir rendez-vous pour raconter son «agression» au ministère des Droits des femmes, ce qu’a démenti l’institution.

Côté police, des vérifications sont en cours, notamment avec la vidéosurveillance. La RATP a précisé n’avoir eu pour l’instant «aucune remontée du terrain» relatant une telle scène.

Via: liberation.fr


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