Le sextrêmisme ou l’art de dénoncer la violence faite aux femmes et …

© Luminor Films

Sortie DVD de Je suis FEMEN, d’Alain Margot

Quelques années seulement après la naissance de FEMEN, le réalisateur suisse Alain Margot décide de suivre ce mouvement féminin activiste atypique. Il part en Ukraine filmer à partir de 2011 et durant trois années consécutives le mouvement en se concentrant sur l’une de ses figures : Oxana Shachko. C’est elle qui apporte l’essentiel de la partie la plus créative du groupe, dans les images utilisées et les mises en scène. Le film commence par une action publique de jeunes femmes à la poitrine nue dénonçant l’impunité de trois fils de fonctionnaires ukrainiens ayant violé, torturé et tenté d’assassiner par le feu une jeune femme. Leur action mobilise aussi bien les passants, que les médias et les services d’ordre. De fait, on ne commence à connaître internationalement les FEMEN qu’à travers leurs actions sur la place publique qui ne passent pas inaperçues. Ensuite, le film se poursuit en suivant une jeune femme aux allures d’adolescente dans son appartement – atelier d’artiste en train de concevoir la prochaine intervention des FEMEN. De cartons découpés, de la peinture, quelques accessoires et surtout un corps révolté suffisent à créer une scène de dénonciation. Le combat des FEMEN est multiple et souvent très périlleux. Dans ce documentaire, leur décision de dénoncer le régime dictatorial de Loukachenko en Biélorussie ou bien les fraudes aux élections dans la Russie de Poutine ne sont pas conséquences pour leur intégrité physique. L’intervention de la police politique à leur encontre, les font ainsi soudainement de l’espace public. En plus de devoir faire face aux violences des services d’ordre ou d’éventuels lynchages de la foule, elles sont directement confrontées aux parts les plus sombres de la réalité politique de leur pays et de ceux dans lesquels elles ont décidé d’intervenir. Car progressivement leur action est devenue internationale : des anciens États européens de l’ex-URSS, leur mouvement s’est bien implanté en Europe de l’Ouest, en France par exemple où certaines ont trouvé un asile politique après les menaces qu’elles ont reçues dans leur pays, accusées de terrorisme. Leur mouvement est une nouvelle forme de féminisme qui ne se limite pas aux intellectuelles capables de penser la société dans son ensemble même si l’une des membres fondatrices est sociologue. Les FEMEN mêlent très étroitement l’activisme social à l’happening artistique. Elles sont à la fois scénographes et actrices de leurs actions publiques, s’offrant comme un spectacle vivant où le public est émotionnellement pris à parti pour dénoncer le système dans lequel celui-ci est immergé. Les FEMEN s’inscrivent dans la longue tradition des femmes en lutte prenant les armes, avec la référence mythologique des Amazones, la force symbolique et vengeresse des Furies (Érinnies grecques) et même la personnification de la Liberté guidant le peuple dans le tableau de Delacroix, incarnée dans cette peinture par une femme à la poitrine dénudée (en bonus, Oxana Shachko en visite au Louvres à Paris, ne manquera pas de mettre en évidence ce lien). Les FEMEN dénonce avec d’autant plus de virulence le monde oppressif du pouvoir politique et religieux, que ceux-ci sont systématiquement incarnés par des hommes (Poutine, Loukachenko, le Pope, le Pape, etc.) reléguant les femmes à la périphérie de la société. Le mouvement FEMEN est ainsi né de la dénonciation de la prostitution féminine organisée et soutenue par l’État ukrainien lui-même.

Controversées, incomprises, les actions des FEMEN mettent à la lumière des grands médias les violences souvent tues à l’encontre des femmes et de la démocratie en général. Derrière le titre, un cri de ralliement international à l’instar du récent « je suis Charlie » : l’un avec son journal satirique et l’autre avec ses happening ont en commun de dénoncer la violence de la religion et du corps politique. On sent de la part du réalisateur une grande fascination pour ce mouvement et plus particulièrement par Oxana Shachko dont la créativité n’a d’égal que l’activisme. Elle en devient presque sous sa caméra une icône moderne, sans pour autant cacher sa fragilité humaine. Le documentaire est davantage le portrait d’une femme et des valeurs qu’elle porte que celui d’un groupe. On ne voit hélas peu de réunions, comment le groupe échange ses idées et développe en lui-même une nouvelle proposition de société. De même, il manque à ce documentaire les liens de ce mouvement avec le reste de la société. Il en reste un bel hommage à un mouvement contemporain témoignant de nouvelles formes d’engagement, pacifiste sans dénier leur « sextrêmisme » (concept que les FEMEN ont créé pour parler de leurs actions). Finalement, en partant du portrait d’une femme, le documentariste met bien en regard le reflet de la société contemporaine et si le mouvement a pu s’implanter en France, c’est qu’il fait également écho à des malaises généralement peu audibles dans la société française.

 

 

Je suis FEMEN

d’Alain Margot

Avec l’intervention de : Oxana Shachko, Anna Hutsol, Alexandra 'Sasha' Schevchenko, Inna Shevchenko

Suisse – 2014.

Durée : 95 min

Sortie en salles (France) : inédit

Sortie France du DVD : 23 avril 2015

Format : 1,85 – Couleur

Langue : russe - Sous-titres : anglais, français.

Éditeur : Luminor Films

Bonus :

Interview exclusive d’Oxana Shachko et Alain Margot par le journaliste Mehdi Farhat, enregistrée à Paris en janvier 2015
Scènes coupées des manifestations à Tchernobyl, au Forum de Davos (Suisse) et à Paris (affaire DSK)
« FEMEN infrarouge » : Reportage sur les activités FEMEN
Clips Boobsprint :

« Oxana le soldat »

« Christina Yakovleva »

 

Via: blogs.mediapart.fr


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About FEMEN

The mission of the "FEMEN" movement is to create the most favourable conditions for the young women to join up into a social group with the general idea of the mutual support and social responsibility, helping to reveal the talents of each member of the movement.

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